Justice et tempérance, des boussoles dans le monde complexe de la finance

mai 10, 2021
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Guillaume Emin, jeune cadre dans une équipe de recherche, travaille à l’intégration des enjeux du climat dans le secteur financier. A ce titre, il a participé à la rencontre internationale sur l’Économie de François(1) en novembre 2020, un appel du pape François aux jeunes à repenser l’économie, à réfléchir ensemble à comment orienter la finance vers l’économie réelle, une finance au service du bien commun et qui prenne soin de la création.

Le pape appelle à « prier pour que les responsables financiers travaillent avec les gouvernements pour réguler les marchés financiers et protéger les citoyens contre leurs dangers. »
Pourquoi selon vous, le pape s’intéresse-t-il de près à la finance, à ses responsables et à la régulation des marchés financiers ?

G. Emin – Le pape François dit son désir « d’une économie différente, qui fasse vivre et non pas mourir, qui inclut et n’exclut pas, qui humanise et ne déshumanise pas, qui prenne soin de la création sans la piller. »

On a besoin de se poser la question du bien commun en économie. Dans ce cadre, il est bon que le politique donne un sens, une direction à nos économies et à nos systèmes financiers, pour garantir que celle-ci ne soit pas seulement déterminée par des intérêts individuels. La réglementation financière est donc un lieu très intéressant pour se poser des questions d’éthique, de bien commun, de sens. Elle pourrait nous aider à mieux flécher certains investissements vers les besoins de la conversion écologique par exemple.

L’intention du pape me semble aussi souligner un certain enjeu de coopération entre, d’une part, l’action des régulateurs et des gouvernements et, d’autre part, la manière dont les responsables financiers organisent leurs activités dans les différents secteurs de la finance.

Comment aborder cette question si complexe de la réglementation financière ?
G. Emin – On peut tout d’abord s’appuyer sur quelques principes qui nous concernent de manière large. Par exemple ne pas faire de l’argent un maître ou une fin en soi. Les vertus cardinales de justice, tempérance, prudence, et force donnent aussi de bons repères. La justice, pour orienter l’économie et la finance au service de causes actuelles comme les enjeux sociaux (inégalités, emploi…) et la transition écologique ; la tempérance face à la tentation d’une quête frénétique de profits ; la prudence pour travailler à la stabilité de nos systèmes financiers ; la force pour lutter contre des pratiques fondamentalement mauvaises comme la fraude.

On peut aussi distinguer deux orientations concrètes de la réglementation financière. Celle-ci doit d’abord simplement assurer que le système financier fonctionne correctement, par exemple face à des problèmes éthiques comme les paradis fiscaux, ou face aux risques économiques et sociaux si nos institutions financières ne sont pas assez solides. Mais la réglementation doit avoir un rôle plus large. Elle peut par exemple aussi aider à mobiliser la finance au service des grands enjeux actuels, sociaux et écologiques.

Comment pouvons-nous nous emparer de ces questions même lorsqu’elles semblent étrangères à nos préoccupations ?
G. Emin – Les sujets de régulation financière sont lointains pour beaucoup d’entre nous. En revanche, nous sommes tous partie prenante du monde économique en tant que consommateurs, employés ou employeurs, potentiellement investisseurs. Même si cela ne doit pas représenter ce qu’il y a de plus essentiel dans nos vies, nous sommes en prise avec des décisions économiques, même petites.

Pour les chrétiens, cela peut résonner comme un appel à la conversion. Vivre non seulement des transitions ou réformes politiques, mais vivre de véritables conversions. La place de la gratuité dans nos vies est par exemple une question profonde à cet égard, et qui peut nous interpeller, chacun, sur le fonctionnement de l’économie et la finance.

Repenser l’économie, cela peut ainsi passer par toutes les bonnes idées que nous pouvons avoir, en fonction de là où nous sommes, pour reconsidérer nos activités économiques, la vie de nos entreprises, notre rapport à l’argent, le monde du travail en général, le souci écologique, le souci des plus pauvres. Nous avons tous des places différentes et complémentaires dans la société, alors je dirais que c’est aussi une question de discernement personnel pour chacun.

Je me réjouis que le pape François nous encourage à prier pour les acteurs de la finance et la réglementation des marchés financiers. Ce n’est pas une intention de prière très courante. Pourtant, l’argent et la finance occupent une certaine place dans nos sociétés, et sont associés à des défis très actuels ainsi qu’à des tentations. Comme chrétiens, nous pouvons nous en remettre avec confiance au Seigneur, Qui peut nous aider à aller dans la bonne direction tant dans nos décisions personnelles que collectives.

(1 ) Sur « l’Économie de François », voir
https://vimeo.com/490828126

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